Le leadership et Jimi Hendrix

Il est vrai que le titre est incongru, mais plutôt que d’essayer de donner une énième définition du leader, pourquoi ne pas l’amener par le biais d’une figure de l’histoire de la musique, même si cela semble très risqué comme analyse… 2020 étant le cinquantième anniversaire de sa mort, cela aura le mérite de se replonger dans l’histoire d’un des plus grands génies de la 6 cordes…
Son génie était bien sûr musical, mais ce sont sans doute ses performances scéniques qui permettent de l’analyser définitivement sous l’angle du leadership. 

Il a marqué l’histoire du rock, a influencé les autres plus grands guitaristes ayant existés par la suite, et, sans doute malgré lui, constitue l’une des figures les plus symboliques du mouvement pacifiste de la fin des année 60. En cela, il convient de pouvoir affirmer que, dans son domaine, Jimi Hendrix avait un incontournable leadership. A quoi cela tient-il ? Il y a les évidences, mais surtout des explications plus périphériques. 

Un musicien de génie

Au rayon des évidences, il y a d’abord la maîtrise technique de l’instrument. Jimi Hendrix ne faisait jamais une seule fausse note, et était capable de reprendre en live, deux jours seulement après sa sortie, le titre des Beatles Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Il avait l’oreille évidemment, mais surtout une maîtrise technique absolue : Hendrix ne jouait pas de la guitare, il vivait la guitare ! Il dormait et se déplaçait avec elle (sans étui), elle ne le quittait jamais. Pourtant gaucher, il a développé, sur des guitares de droitier, une aisance technique et un style unique. 

En plus de cette virtuosité, Hendrix était un féru des innovations technologiques, et a littéralement inventé un nouveau son, sur une guitare (la Fender Stratocaster) qui avait pourtant pour caractéristique de produire une résonance cristalline… Il utilise pour cela de nombreux effets (la fameuse pédale Wah-Wah par exemple), modifie la guitare (il tord la barre de vibrato) et fait de certains désagréments sonores comme le larsen, un artifice supplémentaire dans son jeu (écouter l’hymne américain qu’il joue à Woodstock, les sons de sa guitare et aussi de la batterie étant également destinés à « sonoriser » les horreurs de la guerre). 

Leadership artistique

Au-delà du talent et de la créativité (ce qui est déjà pas mal), Hendrix avait en plus le charisme et le sens du show. Cela a certainement concouru à consolider son statut emblématique. Pourtant discret en-dehors de la scène, l’artiste était un véritable showman, avec des performances qui n’ont peut-être jamais été égalées jusqu’à maintenant en termes d’intensité et de créativité : guitare derrière le dos, derrière la tête, simulations et attitudes plus qu’équivoques, impression de facilité doublée d’une capacité à dépasser les limites (la fameuse guitare brûlée au festival de Monterey en 67). Et puis il faisait des choix vestimentaires totalement décalés et inédits, ce qui magnifiait son charisme. Toute cette alchimie, cette personnalité artistique sans commune mesure (exacerbée aussi par les substances illicites) lui permettait de véritablement subjuguer le public : dans certaines vidéos de concert, on peut voir les spectateurs totalement ahurissous le choc de la performance. Et surtout : ses musiciens eux-mêmes semblent impressionnés et surpris en permanence par son talent et ses performances scéniques. 

Pourtant, en dehors des concerts, Jimi Hendrix était une personne particulièrement discrète, gentille et peu sûre d’elle (son histoire personnelle n’y est pas étrangère) … Incroyable lorsqu’on voit la transformation qui s’opérait lorsqu’il se retrouvait sur scène. Et c’est peut-être là que vient l’ultime ingrédient qui a fait d’Hendrix une personnalité avec un véritable leadership. Humble et pourtant pétri de talent, il ne s’est probablement jamais rendu compte de ce qu’il drainait. Ses idoles (Eric Clapton, Bob Dylan, les Beatles, …) étaient eux-mêmes de véritables fans, mais il n’y songeait pas une seconde ! Et ce n’était de toute façon pas son objectif. Il ne s’est jamais décrété leader ou figure de proue d’un quelconque mouvement. Il a fait ce pour quoi il était fait, et ce sont les autres qui l’ont hissé au rang de leader. 

En conclusion

De là à dire que Jimi Hendrix aurait fait un bon dirigeant d’entreprise, sûrement pas, mais il a su s’entourer des bonnes personnes pour construire son succès (son producteur Chas Chandler ayant été l’un des éléments essentiels de la trajectoire d’Hendrix) et n’a jamais eu qu’un seul et unique objectif auquel il s’est tenu durant toute sa courte existence. Alors il est vrai que la comparaison peut sembler osée, mais le phénomène Jimi Hendrix donne quand même quelques clés sur ce qui définit un leader. Et finalement, cela donne deperspectives sur ce qui fait que l’on peut rapprocher tout cela des compétences d’un manager : compétences techniques évidemment, mais également vision et innovation, et surtout personnalité et état d’esprit.