Management de transition : « La FnMT m’a tuer »

La première étude de l’association FnMT se fixait 3 objectifs : cartographier la profession, mesurer le marché, et cerner les enjeux de la profession. Déclarée par avance « étude de référence », elle devra répondre à 3 questions préalables : est-ce bien l’étude que les acteurs du MdT attendaient ? Le donneur d’ordre fait-il la démonstration de sa légitimité ? Quelles sont les perspectives de développement du marché ?

Depuis sa création en 2008, l’association FnMT (ex-AFMdT) affirme : « Le marché annuel du management de transition représente 350 / 450 M€ ». La fourchette a été revue à la baisse il y a 3 ans, pour passer à 300 / 350 M€. « Le marché bénéficie d’une progression de 20 à 25% par an ». Or pendant 9 ans les fourchettes n’ont jamais été revues à la hausse (!).

Mise en garde de Jacques Burtin | 20 octobre 2017 | linkedin.com/in/jacques-burtin-b26a9117 | @JacquesInside

 

Les critères retenus pour la sélection des cabinets
Les critères (p.9) sont arbitraires : une mission à 4/5ème facturée 750€ n’est pas une sous-mission de transition. L’appartenance au MdT n’est pas caractérisée uniquement par le montant des honoraires. Par ailleurs, une simple « communication sur une activité de MdT » (p.5) est insuffisante pour répertorier les acteurs.

La taille du marché
C’est la faiblesse majeure de l’étude. L’évaluation est basée sur le déclaratif de 50 sondés. Or, près de 60 % des cabinets ne publient pas leurs comptes : on peut douter de la transparence de ceux-ci dans le cadre d’une enquête. L’évaluation de 170 à 185 M€ est surestimée, tout en tordant le cou au 1er crédo historique de l’association.
En se basant sur des chiffres réels publiés, le marché via les cabinets est de l’ordre de 120 M€ en 2016.

La part des indépendants
L’évaluation retenue (40%) coïncide avec mes publications précédentes, mais reconnaissons que ce chiffre relève de l’empirique. L’intégration du portage salarial dans la présentation n’apporte que de la confusion, une véritable étude aurait été plus utile car ce paramètre impacte très fortement le marché.

Le marché total
Avec l’évaluation précédente de 40%, le marché total atteindrait 200 M€ en 2016 (et pas 285 à 315 M€).

Le nombre de missions
Il est nettement sous-évalué. Les hypothèses retenues : 1.000€ par jour et 150 jours facturés en moyenne ne sont pas les chiffres du marché français (ni anglais, ni belge, ni allemand, où les TJM sont très inférieurs et tendent à baisser). Une moyenne sur 2 ou 3 cabinets parisiens isolés ne peut pas s’appliquer au marché.

Le C.A. moyen des acteurs
La moyenne de 3,3 M€ (p.28) est incohérente avec une taille de marché de 170 M€ (p.17) pour les acteurs retenus. 170/89 = 1.9 M€…

La croissance du marché
L’évaluation tord le cou (p.31) au 2ème credo historique de l’association FnMT : on est loin des 20 à 25% martelés depuis 9 ans. Sur 2016, la progression de 8% est incorrecte : le calcul à partir des CA publiés donne +4% à ce jour.
Les pourcentages de croissance repris pour la branche SYNTEC concernée ne sont pas les chiffres officiels du SYNTEC.

Les perspectives du marché, les grands enjeux pour la profession
Tous les vieux poncifs du métier sont repris dans leur intégralité, avec un leitmotiv curieux sur les plateformes qui semblent concentrer les angoisses de l’association. Avec un bilan totalement nul d’actions entreprises pour promouvoir notre métier depuis 9 ans, l’association démontre ici un cruel déficit de vision.

Un langage trompeur
La FnMT est une association de 13 adhérents, dont 3 ou 4 pilotent la communication à tour de rôle. Depuis sa création en 2008, elle revendique le titre de fédération. Une notion floue de « membre associé », en complément de celle d’adhérent, tente de masquer la réalité : le solde du nombre d’adhérents est en baisse constante, 3 grandes figures du MdT l’ont quittée récemment.

La plupart de ses affirmations sont des ordonnances sans diagnostic, destinées à servir des intérêts mercantiles à courte vue. D’où l’impression fâcheuse que la FnMT n’est qu’un organe de publicité servant 3 ou 4 membres. L’absence de consistance, de finesse et de transparence est totalement contraire à la vocation de notre métier.

Un exemple : le prix moyen de 1.000€/j imposé comme base de calcul (p.25). Certes plus raisonnable que le chiffre de 1.260€/j diffusé auparavant, il décourage des entreprises (Par ex. PME, ETI) qui constituent le cœur d’un marché potentiel majeur. Le trouble et le rejet provoqués par des chiffres inventés ne profite à personne.

En conclusion
La communication qui émane de la FnMT amuse beaucoup mes confrères, y compris certains membres de l’association. J’avoue sourire parfois à la lecture de leurs publications (1). Mais elle commence aussi à agacer. En communiquant sur des chiffres incohérents et farfelus, elle induit en erreur bon nombre d’interlocuteurs : les cabinets eux-mêmes, les managers et surtout les clients. L’intention initiale louable de valoriser notre métier est dévoyée. A de rares exceptions près, personne ne souhaite être représenté par une association sans aucun savoir-faire ni savoir être, des qualités pourtant fondamentales en MdT.

Les études publiées depuis de nombreuses années par Inside Management, Eurosearch & associés (FnMT), Delville, Robert Walters, Le Portail du Temps partagé, A2MT et d’autres sont plus consistantes. Oui bien sûr, elles participent à la promotion de leurs auteurs (comme la FnMT), mais elles apportent un vrai témoignage de notre activité, ancré sur le terrain et participant à une vision commune.

J’ai choisi à titre personnel de commenter et de relayer cette étude. Tout d’abord pour prévenir les éventuels lecteurs de l’aspect mercantile et isolé de cette évaluation de l’association FnMT ; ensuite pour affirmer que de nombreux cabinets sérieux, experts du MdT, ne cautionnent pas l’image et la communication véhiculées par la FnMT (3).

 

Téléchargement de l’étude : lien

 

(1) L’association m’avait gratifié d’un communiqué (2) suite à plusieurs publications de ma part sur le MdT. Ou comment s’approprier la défense d’une profession pour tenter d’empêcher l’arrivée de nouveaux entrants.

(2) Communiqué de presse de l’association FNMT du 29/06/2015 (extrait) : « Notre profession a fait récemment l’objet d’une campagne de communication de la part d’un cabinet, non représentatif de notre métier, constitué de deux personnes, jetant la suspicion et le dénigrement sur notre profession. La FNMT, par ce communiqué, réfute catégoriquement toutes les allégations d’individus seuls et sans aucune légitimité qui, par un prétendu « guide d’achat », espèrent nourrir leur propre promotion. Le contenu de ce document nous apparaît comme fallacieux et jetant le dénigrement sur un métier dont les auteurs se revendiquent ».

(3) Le mail de diffusion des résultats de l’étude (4) est dans la veine habituelle : baptisée « assises », la réunion a été suivie par 80 personnes (d’après les organisateurs). Je suggère aux auteurs FNMT de descendre un peu de leur trône : une telle réunion s’appelle une réunion dans la vraie vie, et il s’en tient beaucoup d’autres.

(4) Mailing FNMT du 12/10/2017 (extrait) : « Ces assises du Management de Transition ont marqué 2 premières : La présentation de la première étude du marché du Management de Transition jamais faite en France. La première réunion avec autant d’acteurs de notre métier, nous étions plus de 80 personnes »