L’écologie est-elle rentable ?

Ce titre est le paramètre caché d’un mouvement de fond mondial. Sacrilège diront les uns, l’écologie n’a pas à être rentable, c’est un impératif planétaire. Utopie diront les autres : tant que les plus gros émetteurs mondiaux n’auront pas pris conscience de leur impact, les grandes lois des petits pays n‘auront aucun intérêt. Entre ces deux extrêmes, la majorité silencieuse. Elle évolue, à son rythme, mais n’est pas disposée à faire tous les sacrifices pour l’écologie.

 

Les politiques et l’écologie

Certains pensent que l’écologie, au sens large du terme, doit être portée par les instances politiques des pays les plus développés. Qu’il suffirait de quelques traités internationaux et de déclarations volontaristes pour faire progresser l’humanité. Mais n’est-ce pas simplement un passeport de bonne conscience ? Les effets d’annonce sont la grosse tendance de ces 3 dernières années.

Les hommes et les femmes politiques de conviction, visionnaires, capables de vraiment changer le monde, sont rarissimes au niveau mondial. On a vu avec les USA qu’un Président élu démocratiquement pouvait en 4 ans ruiner les efforts des 8 années précédentes en matière d’image. On voit que la Chine, réputée mauvais élève avec des records de pollution dans ses mégas centres urbains, avançait à marche forcée vers l’intégration de l’écologie dans ses plans de développement pluriannuels.

La politique peut donner des impulsions aux bons moments, c’est-à-dire dès l’instant où les citoyens sont prêts à accepter des modifications de leurs habitudes, ou des nouvelles contraintes. Or, les citoyens ne sont pas prêts à tout accepter, notamment au nom de cette écologie punitive dont nous parlerons plus loin. Aucun candidat à une élection démocratique ne se présentera avec un programme certes vertueux, mais contraire aux convictions de son électorat.

Les politiques seront des porte-parole, mais personne n’attend d’eux qu’ils changent le monde. Le mouvement de fond viendra des citoyens, à des degrés divers selon les pays. Et c’est peut-être bien ce qui est en train de se passer…

L’écologie universelle

En matière de tri des déchets, la France est au niveau des pays scandinaves d’il y a 20 ans. En revanche, elle est plus avancée que certains de ses voisins sur le recyclage. Chaque pays doit trouver sa voie vers des comportements plus responsables, personne ne peut revendiquer l’idéal absolu en matière d’écologie. Les objectifs communs à date, claironnés dans toutes les communications gouvernementales autour de la planète, sont des effets d’annonce. L’effort à fournir pour atteindre un engagement chiffré varie fortement selon l’état de départ et les capacités du pays.

Bien entendu, certaines activités transnationales, comme le fret maritime ou le transport aérien, doivent être pensées au niveau planétaire. Dans ces cas-là, c’est tout ou rien : on ne pourra pas avoir une partie du fret sous contrainte, et une autre totalement libre. Il en est de même pour les zones protégées internationales, qui seraient préservées par certains pays et exploitées par d’autres.

L’écologie punitive

C’est celle qui a été longtemps pratiquée par des rêveurs autoritaires, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Elle était basée sur l’interdiction, tout le monde étant coupable de quelque chose. Pour résoudre un problème écologique, il fallait forcément promulguer une interdiction. Laquelle était forcément perçue comme une punition par les citoyens impactés.

Cette écologie punitive a fait beaucoup de mal à l’écologie. En choisissant de ne diffuser que des informations anxiogènes, elle a provoqué un rejet viscéral, en associant l’écologie à une décroissance de l’économie, du pouvoir d’achat et de la qualité de vie. Pour s’engager pleinement, les humains ont besoin de comprendre, et de ressentir. Asséner des grandes vérités, comme on l’a fait depuis les années 2000, est contreproductif au-delà d’un horizon électoraliste.

Miraculeuse

Elle consiste à vendre un monde meilleur, sans s’intéresser à la transition depuis le monde actuel. On imagine le monde de demain avec des solutions d’aujourd’hui, alors que la plupart des technologies nécessaires n’en sont qu’au stade des études en laboratoire. Soleil artificiel, carburants de synthèse, nouveaux composés chimiques, transports et mobilité : aucune solution, parmi celles qui sont opérationnelles aujourd’hui, n’est en mesure de prendre le relai des besoins actuels. D’autant moins que ces derniers sont en croissance constante.

Cette posture, qui veut faire croire que ceux qui ne croient pas aux miracles sont des imbéciles, est dangereuse à plus d’un titre. Sans être expert, on comprend bien que la fermeture à court terme des centrales nucléaires en France poserait un énorme problème de capacité et de dépendance, alors que la demande croît chaque année (climatisation, mobilité, industrie, agriculture). L’Allemagne a récemment révisé ses projets verts trop ambitieux pour les accorder avec la réalité. L’agriculture non intensive mondiale se déclare incapable d’assurer à la fois la nourriture et les biocarburants des Terriens. Le fret maritime, aérien et routier est conçu en fonction de la demande : personne n’est obligé d’acheter ou de voyager dans des pays éloignés.

Et intégrée

Les solutions écologiques rationnelles ne sont pas uniquement des projets pharaoniques et des belles intentions pour dans 30 ans. Pas sûr qu’il faille forcément diminuer notre qualité de vie… Ce serait même une ineptie : l’écologie punitive est rejetée massivement, et l’écologie miraculeuse ne fait plus recette.

Les dernières élections en Europe ont rendu visible la montée en puissance de l’écologie « raisonnée ». Pendant 4 ans de climato scepticisme, l’économie américaine a continué à investir dans des solutions plus écologiques, comme l’automobile ou le bâtiment. Elle ne sort pas exsangue des années Trump. Le buzz autour du gaz de schiste ou le départ de l’Accord de Paris n’ont pas empêché les principaux acteurs économiques de voir à plus long terme, sur l’impulsion d’une grande partie des citoyens américains.

Personne ne souhaite revenir à l’époque préindustrielle. Cette période, qui a généré la plupart des menaces écologiques actuelles, a aussi activement participé à l’amélioration des conditions de vie sur Terre. Et cette amélioration, personne n’envisage une seule seconde de la perdre.

Il faut donc trouver une nouvelle voie : c’est ce que nous appelons l’écologie intégrée. L’écologie n’est plus un rêve ou un projet, elle est partie prenante de l’économie. Des entreprises de toutes tailles ne s’y sont pas trompées : l’écologie n’est pas une contrainte, c’est une opportunité de développement, et ce n’est pas honteux. Au lieu d’appliquer des taxes au gré des accords internationaux, les dirigeants politiques élus devraient se focaliser sur la compétitivité des entreprises. Quel serait le vrai prix des productions low-cost si l’on intégrait le coût écologique pour la planète dans les prix de revient ? Je n’attends pas des politiques qu’ils m’expliquent pourquoi c’est impossible. J’attends d’eux qu’ils travaillent en commun pour intégrer l’écologie à part entière dans les accords multilatéraux, comme le souhaitent leurs électeurs.

En Conclusion

A la question initiale, je réponds oui : l’écologie est rentable, créatrice de valeur et de travail. La fondation Solar Impulse, présidée par le Suisse Bertrand Piccard, a dénombré plus de 1.000 exemples qui démontrent que c’est possible, tout de suite. Pour ma part, je pense que c’est une opportunité au moins aussi prometteuse que l’informatique dans les années 1980.