Les clichés du manager de transition

Dans notre métier autant qu’ailleurs, la communication ou les CV sont parfois des caricatures qui prêtent à sourire. Avant toute collaboration, nous devons, en tant que cabinet, nous assurer de la concordance entre un déclaratif et la réalité d’une expérience. Nous nous appuyons sur des outils comme le contrôle de références ou l’entretien thématique. Côté communication, il suffit de se connecter sur les réseaux sociaux, source intarissable d’émerveillement dans ce monde magique.

Pour réaliser cet article, nous nous sommes inspirés de notre veille concurrentielle, et des 40 à 80 CV que nous recevons chaque semaine. Suivez le guide, et bas les masques !

(Cet article a fait l’objet d’une infographie @MB, visible sur nos réseaux sociaux).

Le magicien

La promesse : il.elle retourne des entreprises, restaure la rentabilité d’une BU en 3 mois, double le CA par l’export, obtient un financement dans la semaine, et ravale un haut de bilan en 3 clics. Un cabinet rajoutera une garantie du résultat, qui est une clause quasiment inapplicable à notre métier, ou des exemples extraordinaires du manager X dans l’entreprise Y.

Le risque : plus on force le trait, plus la déception sera grande. A l’instant où l’on rédige cet article, les intervenant.e.s ou les cabinets capables de « retourner » une entreprise se comptent sur les doigts des 2 mains. Citons pour exemple ce CV d’un DG commercial qui a retourné 2 entreprises avec des chiffres spectaculaires. Un petit tour sur Infogreffe pour constater qu’il est aussi le liquidateur de ces entreprises.

Le mercenaire

La promesse : il a tout vu, tout fait, rien ne lui fait peur. Il ne s’encombre pas de détails comme la concertation ou l’analyse préalable. C’est un nettoyeur d’organisation, peu influencé par son environnement humain, auquel il ne prête que peu de compétences. Il applique ses idées préconçues sans état d’âme, car il a toujours raison.

Le risque : on ne peut pas faire évoluer une organisation en jouant solo, d’autant moins aujourd’hui. Les résultats, parfois spectaculaires, seront éphémères. Les meilleurs collaborateurs des équipes en place seront les premiers à déserter.

Le gourou

Très en vogue dans les années 2000, il en reste de beaux spécimens. Le gourou écoute beaucoup, surtout lui-même, mais n’entend rien. Chacune de ses phrases est ponctuée par une devise dont vous devrez vous-même trouver le rapport avec le sujet. Il est très à l’aise à l’oral et devant un public, et il adore virevolter d’un sujet à l’autre.

Le risque : le gourou fera tout pour que la réalité ressemble à sa fiction. Celui qui commence par donner les solutions avant d’avoir commencé sa mission fait courir un grand risque à l’entreprise. Les bons managers commencent par écouter avant de parler.

Superman

Comme dans la série « The Boys », il cultive l’amour de sa propre image. Son CV (sa page d’accueil si c’est un cabinet) commence par parler de lui à la 3ème personne. Tout ce qui le positionne comme un super-héros est en gras sur sa LM. Il sera exigeant sur le contenu de la mission, notamment son titre et l’avantage qu’il pourra en tirer sur son CV.

Au risque de décevoir, Superman n’existe pas dans la vraie vie. On est probablement en présence d’un usurpateur, avec le vrai pouvoir de repeindre son CV aux couleurs à la mode.

Papy Mougeot

Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, il n’arrive pas à placer une phrase dans le temps imparti. Il souhaite réaliser des missions pour s’occuper, pendant sa préretraite s’il est en âge. Papy Mougeot ne veut plus des contraintes du salariat. D’ailleurs l’âge n’est pas un critère, nous connaissons tous des Papy Mougeot de 40 ans qui sont fatigués de travailler. Papy Mougeot ne parle que de ses heures glorieuses, qui remontent assez loin.

Le risque : tomber sur un ancien Superman dont les pouvoirs sont émoussés, car le monde du travail évolue vite. Ce personnage n’a pas conscience de son obsolescence, il faut la détecter à sa place.

Le pantin

C’est une marionnette parachutée dans une organisation pour appliquer des décisions prises ailleurs : par un DG dans sa tour d’ivoire, un actionnaire, le COMEX d’un siège social, etc. Il s’assure de la bonne application des consignes, et remonte les informations auprès du marionnettiste.

Le risque : un pantin ne pointe que la faiblesse d’une organisation, en aucun cas il ne pourra la résoudre. Le manager de transition carbure à la conviction et à la motivation. Il participe aux décisions et mobilise toute son énergie pour les mettre en œuvre, c’est le socle de sa crédibilité.

Le corporate

Il a fait toute sa carrière dans des grands groupes, parfois dans un programme d’accompagnement des potentiels. Assisté par tous les services corporate, il a pu se concentrer sur ses objectifs et bénéficier des passerelles proposées par les grands groupes. En fin de carrière il souhaite « faire bénéficier les PME » de son expérience, pensant incarner le rêve de développement des petites entreprises.

Le risque : à de rares exceptions près (pour développer un marché par exemple), les PME ne souhaitent pas intégrer des cadres de grands groupes. Pour un même titre de fonction, le job n’est pas le même et les réflexes sont radicalement différents. Le.la corporate a l’habitude d’avoir à disposition tous les outils et les process qui lui semblent évidents (ERP, assistant.e.s, moyens matériels, …), alors que les PME sont à la recherche de celle.celui qui les mettra en place …

Le menteur par omission

Son parcours est ponctué de nombreux succès, justifiés par des chiffres flatteurs d’augmentation de CA, de PDM ou de panel clients. Le CV est une success story, même si les entreprises citées sont souvent peu connues du grand public. L’un des axes d’analyse de parcours consiste à rapprocher les chiffres indiqués sur le CV de ceux publiés par les greffes des TC.

Le risque : nous découvrons parfois que le manager est liquidateur des entreprises citées. Il n’est pas question ici de censurer un dépôt de bilan, qui peut arriver à tout le monde pour de nombreuses raisons. Mais le fait de transformer cette situation en succès donne une image biaisée du parcours.

Le prince / La princesse

En tant que sauveur d’entreprise, il.elle doit être accueilli.e dignement. Sa note de frais comporte des hôtels 4 étoiles, un véhicule haut de gamme à l’atterrissage de ses vols intérieurs, des entrées à la fashion week et des repas étoilés. Le niveau de vie dans l’entreprise n’a pas d’influence sur lui.elle : le bling-bling est une preuve de compétences, car certains employeurs ont accepté de le financer dans son glorieux passé.

Le risque consiste à ressembler à ce cliché qui nous colle à la peau : le consultant perché, plus motivé par le culte de la personnalité que par sa propre contribution. Ce genre de personnage, lorsque le trait est moins forcé, est difficile à détecter en amont. S’il est mandaté par un cabinet c’est celui-ci qui doit fixer les limites, les frais pouvant atteindre 30% de la facture d’honoraires sur certaines fonctions (par exemple à l’international).

 

Nous connaissons tous des personnes correspondant à un ou plusieurs de ces profils. Ceci ne signifie pas qu’il faille les éliminer d’une sélection, c’est simplement un point de vigilance pour nourrir les échanges. A trop vouloir ressembler au manager idéal, on risque d’en devenir la caricature. La sobriété et une dose d’humilité sont de loin préférables.